D’hier à demain : Infor Famille Éducation Permanente, 50 ans à vos côté!
En 1976, à Liège, une femme qui voulait comprendre sa facture d’électricité, contester une décision administrative ou accéder à la culture n’avait pas toujours les moyens de le faire. L’information existait, mais dispersée dans des publications, des journaux, des textes qui ne lui parvenaient pas toujours. Les droits étaient flous et l’accès à la culture restait une affaire de milieu.
Des femmes bénévoles ont décidé de changer les choses. Elles ont constitué des banques de données à la main, dépouillé la presse, collecté ce qui pouvait être utile, puis partagé ces informations avec d’autres femmes, par téléphone ou en rendez-vous. Dans un esprit de stricte neutralité, elles ont fondé, le 1er juillet 1976, l’ASBL « Association pour l’information et l’Éducation Permanente de la Femme et de la Famille en Région liégeoise ». Infor Famille Liège est née.
Quelques mois plus tôt, le 8 avril 1976, un décret avait posé le cadre : la culture doit être accessible à toutes et tous. Elles s’en emparent immédiatement. Des ateliers créatifs ouvrent leurs portes. Des clés pour se sentir à égalité, pour comprendre le monde dans lequel on vit, pour prendre la parole sans demander la permission.
C’est notre point de départ, et c’est encore notre boussole aujourd’hui.
Les années 80 arrivent avec leur lot de nouveautés dans les foyers : le four à micro-ondes, le réfrigérateur, des appareils qui promettent de simplifier la vie sauf que derrière la promesse, il y a une réalité qui se dessine : celles et ceux qui comprennent ces outils les maîtrisent, les autres les subissent. Et cette fracture-là, entre ceux qui savent et ceux qui font avec, va structurer tout le travail des décennies suivantes. Infor Famille s’y attaque. Pas pour apprendre à brancher une prise mais pour que personne ne soit passif·ve face à ce qui entre chez soi.

En 1986, une première salariée est engagée. Puis une deuxième. Les agréments sont demandés, les subsides arrivent. Ce qui fonctionnait grâce à l’engagement bénévole commence à se structurer autrement.

En 1994, une étape décisive : le service éducation permanente devient une ASBL à part entière. Infor Famille Éducation permanente prend son indépendance, tout en restant dans le même centre qu’Infor Famille Liège, qui regroupe le planning familial et la médiation de dettes. Un service, une identité, une mission claire et un ordinateur, parce que dans les années 90, c’est l’outil qui s’impose partout. Le chômage grimpe, le monde du travail se technologise. Pour décrocher un emploi, il faut maîtriser ces machines. Infor Famille Éducation permanente intègre l’informatique comme outil d’insertion : apprendre à s’en servir pour ne pas rester sur le bord du chemin.

En 2003, un nouveau décret d’éducation permanente pose les mots clairement : il s’agit de former des citoyen·nes critiques. L’atelier d’écriture et de littérature change de statut. Écrire, c’est dire le monde. C’est revendiquer ses droits. Ce n’est plus un loisir, c’est un acte.

Le 27 mars 2014, le Parlement wallon vote un décret sur le parcours d’intégration des personnes migrantes. Le constat est brutal : sans maîtrise du français, l’insertion est impossible et l’exclusion est immédiate. Les cours d’alphabétisation d’Infor Famille Éducation permanente, financés par la Région wallonne dans le cadre de l’Initiative locale d’intégration, s’ancrent dans ce parcours officiel. Le français comme porte d’entrée dans la société belge.
Entre 2015 et 2019, le débat se polarise. Les partis radicaux progressent, la haine s’installe sur les réseaux sociaux. La crise des personnes réfugiées fuyant la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan sert de détonateur au discours « eux contre nous ». En 2018, Infor Famille Éducation permanente répond avec l’atelier Théâtre-Alpha : des personnes en cours d’apprentissage du français qui montent sur scène, qui jouent, qui racontent. L’humain derrière l’étiquette. Les peurs qui se déconstruisent par la parole et le jeu. Cet atelier, soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles dans le cadre de l’éducation permanente, existe encore aujourd’hui.
En 2024, Infor Famille Éducation permanente clarifie ses axes de travail. Deux thématiques s’imposent, parce que ce sont elles qui empêchent des personnes de vivre pleinement et d’exercer leurs droits : comprendre et décrypter les médias et le numérique pour ne pas les subir, et mettre en évidence les discriminations qui traversent notre société pour mieux les combattre.
Aujourd’hui, ça prend quelle forme ?
Des groupes qui décryptent ensemble le fonctionnement des algorithmes et des fausses informations. Des parents d’enfants avec un trouble du spectre de l’autisme qui construisent des messages pour le grand public à partir de ce qu’ils vivent au quotidien. Des personnes en situation de handicap qui travaillent sur leurs représentations dans les médias. Des podcasts, des vidéos, des gazettes fabriqués collectivement, pour rendre visibles des réalités que peu de gens regardent en face.


Et toujours, en parallèle, deux ateliers de littérature et d’écriture portés par des animatrices volontaires depuis des années, en dehors du cadre subsidié, parce que certaines choses méritent de continuer quoi qu’il arrive.
Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui est plus complexe, plus fracturé qu’en 1976. Les inégalités ne disparaissent pas, elles changent de forme. La désinformation se répand, les discriminations se glissent dans des systèmes invisibles et les personnes les plus fragilisées en paient toujours le prix.
Infor Famille Éducation permanente se bat pour que ça change.
Après 50 ans, ce combat est plus nécessaire que jamais.